Dinosaur Jr., Jain, Kylie Minogue, GAYLE : guitares grunge, beats électro et folk intimiste en 5 pépites musicales

Des guitares saturées des années 90 aux rythmes taillés pour les clubs, cette semaine musicale fait le grand écart entre nostalgie, énergie brute et collaborations inattendues. On ouvre le bal avec le retour indomptable de Dinosaur Jr., avant de plonger dans la nouvelle ère résolument électro-pop de Jain. Place ensuite à la surprise de la semaine avec le duo improbable entre Snow Patrol et Kylie Minogue, suivi de la tornade indie-rock de la jeune GAYLE. Enfin, on s’accorde une fin de course tout en douceur grâce à la relecture folk et d’une infinie délicatesse de William Fitzsimmons. Cinq morceaux, cinq ambiances : montez le son !

Dinosaur Jr. – Several Got Away

Cinq ans après leur dernier effort, le trio d’Amherst est enfin de retour. Pour ma part, j’ai découvert le groupe en 1991 avec la claque Green Mind, et force est de constater que la voix traînante de J Mascis et sa distorsion légendaire n’ont pas pris une ride. Dinosaur Jr. annonce son 13e album, There Near (prévu pour le 28 août chez Jagjaguwar), et en livre un premier extrait imparable : « Several Got Away ».

Le groupe a composé ce titre pour relever un défi lancé par Rick Rubin, le légendaire producteur au CV vertigineux (Beastie Boys, Red Hot Chili Peppers, Slayer ou Johnny Cash). Connu pour pousser les artistes à revenir à leur essence la plus pure, Rubin les a poussés à retrouver l’énergie brute de leurs débuts. Le résultat est une déflagration pop-feedback ultra-instinctive. Côté textes, Mascis reste fidèle à son détachement mythique. Il avoue écrire ses paroles au feeling, influencé par ses lectures ésotériques du moment, tout en pestant contre Spotify qui affiche les paroles et gâche le mystère.

Lire  Skip The Use : Pourquoi "Love & Anxiety" est le dernier bastion du rock français

Le morceau s’accompagne d’un clip délicieusement DIY signé Guy, qui s’est amusé à courser le groupe dans un champ pour filmer une parodie d’apocalypse aux effets spéciaux faits maison. Du pur Dinosaur Jr., vintage et indomptable.

Jain – Kill It With The Beat

Déjà neuf ans depuis son sacre aux Victoires de la Musique 2017 ! Jain effectue un retour fracassant avec Kill It With The Beat, un morceau qui marque une rupture nette avec les ambiances plus contemplatives de son précédent album, The Fool, sorti il y a trois ans. La Toulousaine change de braquet et délaisse la douceur pour une esthétique électro-pop musclée, taillée pour les clubs et les festivals.

Dès les premières mesures, l’intention est claire : Jain entame une nouvelle ère placée sous le signe du girlpower et de l’énergie physique. Avec un flow incisif et des basses puissantes qui ne sont pas sans rappeler la frénésie de certains tubes K-pop, elle signe un titre ultra-efficace, volontairement répétitif et conçu pour devenir un pur ver d’oreille. Si les puristes de la profondeur musicale pourraient rester sur leur faim, les amateurs de danse, eux, trouveront ici l’ingrédient indispensable pour booster leurs playlists. Un retour à l’efficacité pure pour celle qui a prouvé, via le succès viral international de Makeba, qu’elle possède un don naturel pour fédérer les foules.

Snow Patrol & Kylie Minogue – These Alarms

Entre la reine absolue des dancefloors australienne et les champions du rock indépendant nord-irlandais, la rencontre semblait totalement improbable tant leurs deux univers artistiques paraissent éloignés. Pourtant, le résultat est d’une fluidité totale. Porté par des synthés pulsés et des mélodies envoûtantes, These Alarms fait s’entremêler leurs deux voix dès l’ouverture dans un équilibre pop-rock particulièrement réussi.

Lire  Sorties musique de la semaine : Le retour choc de Sublime, Deep Purple et la fureur de Show Me The Body

L’histoire derrière le morceau est savoureuse : Gary Lightbody a composé ce titre il y a deux ans en pensant exclusivement à la chanteuse, au point que la démo stockée dans les archives du groupe s’appelait tout simplement Kylie. Initialement prévu pour leur dernier album The Forest Is The Path, le morceau avait été mis de côté car il manquait sa pièce maîtresse. Séduite par l’anecdote, l’interprète de Can’t Get You Out Of My Head a immédiatement accepté l’invitation. Loin des hymnes de boîte de nuit frénétiques, la chanson explore avec beaucoup de justesse l’intimité amoureuse et le besoin de réconfort face au chaos ambiant, rappelant à travers son refrain entêtant qu’une simple étreinte vaut parfois mieux que toutes les grandes promesses du monde. Un choc des cultures sur le papier, mais une évidence rare à l’arrivée.

GAYLE – junebug!

Si son nom vous dit vaguement quelque chose, c’est normal : à seulement 22 ans, l’Américaine GAYLE a déjà secoué la planète pop avec son raz-de-marée planétaire abcdefu en 2021. Après avoir digéré ce succès fulgurant et assuré les premières parties de Taylor Swift ou P!nk, la jeune artiste ouvre enfin le chapitre de son tout premier album, Observing Chaos, attendu plus tard cette année. Elle en dévoile un extrait surexcité et immédiat : « junebug! ».

Sous ce titre, qui fait référence au « hanneton » en anglais, GAYLE cache en réalité un vibrant hommage à son mois préféré de l’année, le mois de juin (June). C’est la période où toute sa famille fête son anniversaire, mais aussi le mois des fiertés (Pride Month), transformant chaque année cette période en une fête continue.

Lire  Entre le metal d'Electric Callboy (avec Offspring) et l'hédonisme de Madonna : la sélection sorties de la semaine

Musicalement, le morceau est une déflagration indie-pop-rock de deux minutes à peine, portée par des guitares grunge et une bonne dose d’insouciance estivale. Les paroles dépeignent avec une honnêteté brute le chaos et l’adrénaline du passage à l’âge adulte (soirées chaotiques, amours d’été et détachement face aux infos du monde). Le tout est mis en images dans un clip résolument DIY et imparfait, loin des productions pop trop lisses. Un hymne féroce et libérateur, idéal pour vivre l’instant présent sans trop se poser de questions.

William Fitzsimmons – When You Were Young

On finit en douceur avec William Fitzsimmons, le maître américain du folk intimiste, qui s’attaque à un monument du rock des années 2000 : « When You Were Young » des Killers. Là où la version originale de Las Vegas brillait par son énergie stadium rock et sa rage grandiose, l’auteur-compositeur choisit de déshabiller entièrement le morceau pour en révéler toute la fragilité.

Fitzsimmons explique avoir toujours été fasciné par le contraste entre l’innocence de la jeunesse et la résignation de l’âge adulte, ce moment charnière où la magie cède la place aux réalités du quotidien. Dans sa version, il a choisi de gommer la colère pour se focaliser uniquement sur une nostalgie douloureuse, tout en gardant intacte la puissance mélodique originale. Porté par son habituelle douceur acoustique, le morceau se transforme en une méditation poignante sur nos attentes passées, nos désillusions et ce besoin viscéral de trouver un sauveur pour retrouver la chaleur et la sécurité de l’enfance. Une relecture d’une délicatesse absolue qui clôt parfaitement cette sélection.

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *