Figure incontournable du paysage musical belge aux côtés de Daan, la multi-instrumentiste Isolde Lasoen dévoile My Kind of Drama, son troisième album solo. Entre synthétiseurs vintage, héritage cinématographique et phrasé bilingue savoureux, elle pose son regard et ses mots sur une French Touch réinventée à sa manière.

De l’ombre des fûts à la lumière des projecteurs
Batteuse d’exception, chanteuse et arrangeuse, Isolde Lasoen a longtemps prêté son sens du tempo et son groove à d’autres artistes, à commencer par Daan, avant d’imposer un univers personnel singulier. Avec ce troisième album solo paru chez Mayway Records, elle prolonge la trajectoire entamée avec Oh Dear (2023) tout en injectant une nouvelle couleur à ses compositions. En collaborant avec le producteur français Michael Declerck (qui a bossé avec Kavinsky, Gaspard Augé de Justice ou encore Juliette Armanet), introduit par Victor Le Masne (le compositeur de l’hymne magnifique des JO de Paris 2024), elle tisse un dialogue subtil avec les codes de la French Touch : basses rondes, nappes de synthés chaleureuses et textures électroniques inspirées de Kavinsky ou d’Air.
L’artiste y distille son goût immodéré pour les grandes envolées cinématographiques à la Ennio Morricone ou Vangelis, tout en conservant une touche pop rétro-futuriste et un chant bilingue porté par ce phrasé délicat et ce grain de voix si reconnaissable.
Le single à l’honneur : My Kind of Drama
Morceau-titre écrit en français dès l’époque du précédent opus mais gardé au chaud pour ce nouveau chapitre, « My Kind of Drama » illustre parfaitement l’approche d’Isolde Lasoen : s’emparer de l’esthétique French Touch pour en offrir une lecture personnelle, textuelle et sensible.
La chanson joue sur le contraste entre la fascination pour le romanesque théâtral dans les arts et le besoin viscéral de fuir les tensions dans la vie réelle. Sur une rythmique soignée et des nappes envoûtantes, les paroles capturent cette posture tout en retenue et en autodérision :
« Je reste là / Je vois tout ce n’est pas mon drame / Mais c’est ça la vie, la douleur, la magie »
« Moi j’écoute, moi j’attends / Je souffle ‘non’ en souriant / J’aime le drame, j’aime l’écho / Pas trop près, pas trop tôt »
Deux autres sommets de l’album : Egoland et Perception
Egoland : Construit sur un tempo entraînant, des synthés pulsants et une longue outro hypnotique taillée pour le live, le morceau s’attaque frontalement au culte de l’ego et aux faux-semblants des relations modernes. Isolde Lasoen y lance un appel libérateur à faire tomber les masques pour privilégier l’essentiel.
« Turn the volume of your ego down / So you can hear / Your heart again / You don’t have to be rich / You don’t have to be smart / You don’t have to impress me by playing a part »
Perception : Pièce maîtresse à l’ambiance nocturne et glaçante, ce titre minimaliste rappelle l’univers cinématographique sombre d’un film noir ou les productions de Kavinsky. Lasoen y interroge la distorsion de nos réalités et le poids de nos propres filtres mentaux.
« What we feel, is it true, or just reflection / In our mind, in disguise, a false connection / I heard the silence speak / You heard the echoes call / Perception – perception – perception »
Une parenthèse pop raffinée qui confirme l’aisance d’Isolde Lasoen à transformer les tourments et la nostalgie en une mélodie lumineuse et addictive.

Isolde Lasoen
My Kind Of Drama
May Way Records
