Deux ans après la déflagration Woof, les sept trublions londoniens de Fat Dog reviennent avec Cancel Me (I’m Tired). Entre riffs acérés, beats cold wave et autodérision féroce, ce disque prouve que l’énergie brute des guitares reste le meilleur remède à l’anesthésie ambiante.

À l’heure où les algorithmes lissent les productions, l’ouverture de Cancel Me (I’m Tired) fait l’effet d’une gifle. Dès les premières mesures de « Smile and Wave », la tension grimpe sans prévenir, portée par une rythmique martiale et des guitares au bord de la rupture. On y retrouve cette furie de fosse, cette sueur des clubs underground où les instruments électriques refusent de céder un pouce de terrain aux machines.
La trajectoire d’une meute incontrôlable
Formé au sud de Londres dans le sillage de la pandémie, le groupe mené par Joe Love a bâti sa réputation sur une formule scénique volcanique. Après avoir retourné les festivals et assuré des premières parties pour les Foo Fighters, le groupe refuse les étiquettes et les autoroutes toutes tracées. Refusant même de participer à l’Eurovision pour préserver sa liberté de ton, Fat Dog préfère tracer sa route entre esprit cowpunk, pulsations new rave et insolence de sales gosses purement britannique.
Cancel Me (I’m Tired) à la loupe
Si le premier disque canalisait la colère brute, ce nouvel opus explore une confusion plus intime sans jamais baisser le volume sonore. Sur « Go Fuck Urself », le groupe injecte un son de guitare soviétique saturé de réverbération, mêlant provocation jubilatoire et sens mélodique affûté.
Les textes cultivent un second degré salvateur, comme l’illustre le refrain grinçant du morceau-titre :
« If you wanna cancel me / Go ahead and do it please / Shake the shake, fight the fight / But are you a bitch if you don’t ever bite? »
Plus loin, le groupe s’aventure sur des territoires inattendus. « Snakes » convoque le timbre cabossé d’un Shane MacGowan des Pogues croisé avec l’énergie alternative des Country Teasers, tandis que « Heart of Darkness » renvoie aux ambiances synthétiques des années 1980. En clôture, la ballade désabusée « Aliens » résume avec mordant le regard que porte Joe Love sur l’époque : si les extraterrestres ne débarquent pas, c’est simplement parce que l’humanité les consterne.
« Shit Love » : la transe corrosive taillée pour le dancefloor
Construit lors des balances de tournée, « Shit Love » incarne la facette la plus frénétique et abrasive du disque. Le morceau démarre au quart de tour avec un tempo implacable, avant de marteler son leitmotiv hypnotique (« Cooking with gas, you’re cooking with gas ») jusqu’à l’ivresse.
Sous les assauts d’une basse lourde et de guitares tranchantes, Joe Love y décrit une relation toxique virant au huis clos claustrophobe :
« I watch TV then I want bed / You want me gone, I want me dead / I wasn’t like this long ago / Why are you? »
Entre références grinçantes à la pop culture (un Jack Nicholson possédé, l’éternelle cryogénisation de Walt Disney) et autodestruction assumée, le titre transforme la névrose en carburant punk. C’est un uppercut taillé pour faire imploser la fosse en festival.
« The Devil » : confession grinçante et déflagration garage
Sur « The Devil », Fat Dog ralentit légèrement la cadence pour mieux faire grincer les amplis. Le morceau s’ouvre sur un constat amer, oscillant entre mélancolie d’un héritage familial pesant et absurdité contemporaine où l’on cherche ses amis sur Facebook Marketplace.
L’humour noir de Joe Love y frappe avec une lucidité désarmante, notamment dans une fin de morceau où la rythmique se tend brutalement :
« You motherfuckers only pro-life / Till you’re born / You grow your fringe out / To hide your horns »
Porté par un refrain scandé et des guitares sales, le titre condense toute la singularité du groupe : refuser le sérieux compassé des puristes du rock tout en délivrant des textes plus acides et politiques qu’il n’y paraît.
Fat Dog livre un manifeste revigorant pour les amateurs de décibels non frelatés. Au-delà de l’expérience physique du concert, ce deuxième album prouve qu’une nouvelle génération s’empare à nouveau des amplis pour secouer l’époque, confirmant que le salut du rock passe toujours par l’audace et l’irrévérence.
