{"id":139,"date":"2026-05-21T09:15:09","date_gmt":"2026-05-21T07:15:09","guid":{"rendered":"https:\/\/bomel.be\/?p=139"},"modified":"2026-05-21T09:15:09","modified_gmt":"2026-05-21T07:15:09","slug":"nappartenir-a-personne-cest-ne-devenir-personne-lart-subtil-du-lien-selon-boris-cyrulnik","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/2026\/05\/21\/nappartenir-a-personne-cest-ne-devenir-personne-lart-subtil-du-lien-selon-boris-cyrulnik\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0N&rsquo;appartenir \u00e0 personne, c&rsquo;est ne devenir personne\u00a0\u00bb : L&rsquo;art subtil du lien selon Boris Cyrulnik"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En regardant <em>C \u00e0 vous<\/em> sur France 5, j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 avec attention Boris Cyrulnik, le sage d&rsquo;entre les sages, qui offre sa vision tranquille mais r\u00e9aliste de l&rsquo;humanit\u00e9. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, Fr\u00e9d\u00e9ric Lopez, l&rsquo;animateur ultra-sensible d&rsquo;<em>Un Dimanche \u00e0 la campagne<\/em>, explique qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9 par la lecture du livre du psychiatre : <em>Les nourritures affectives<\/em>. Il n&rsquo;en fallait pas plus pour que je me plonge dans la lecture de ce livre paru en 1993.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/xeniakenakis-magritte-3622130-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-142\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/xeniakenakis-magritte-3622130-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/xeniakenakis-magritte-3622130-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/xeniakenakis-magritte-3622130-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/xeniakenakis-magritte-3622130-1-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/xeniakenakis-magritte-3622130-1-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image par <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/users\/xeniakenakis-6671747\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=3622130\">xeniakenakis<\/a> de <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=3622130\">Pixabay<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans une \u00e9poque qui valorise \u00e0 outrance l\u2019individualisme, l\u2019autonomie absolue et la performance en solo, une phrase du neuropsychiatre Boris Cyrulnik r\u00e9sonne comme un rappel fondamental : <strong>\u00ab N&rsquo;appartenir \u00e0 personne, c&rsquo;est ne devenir personne. \u00bb<\/strong> Tir\u00e9e du livre <em>Les Nourritures affectives<\/em>, cette formule pose une v\u00e9rit\u00e9 biologique et psychologique brute : l\u2019\u00eatre humain ne peut pas se construire dans le vide. Pour dire \u00ab Je \u00bb, il a visc\u00e9ralement besoin d\u2019un \u00ab Nous \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais comment ce besoin d&rsquo;appartenance fa\u00e7onne-t-il notre identit\u00e9 ? Et de quelle mani\u00e8re nos premi\u00e8res empreintes affectives nous poursuivent-elles tout au long de notre vie ? Plong\u00e9e au c\u0153ur de notre architecture affective.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1. La filiation comme boussole : pourquoi nous avons besoin d&rsquo;un ancrage<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Boris Cyrulnik, l&rsquo;identit\u00e9 humaine n\u2019est pas une donn\u00e9e magique avec laquelle nous naissons ; elle se tisse dans la rencontre. D\u00e8s les premiers mois de sa vie, un enfant construit ses rep\u00e8res en s&rsquo;arrimant \u00e0 un groupe, \u00e0 une histoire familiale, \u00e0 une culture.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019appartenance remplit une fonction psychologique essentielle : <strong>elle structure le temps<\/strong>. Savoir d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on vient (la filiation) permet de comprendre o\u00f9 l&rsquo;on se situe aujourd&rsquo;hui (l&rsquo;existence) pour pouvoir enfin imaginer o\u00f9 l&rsquo;on va (le projet de vie). Sans ce fil conducteur, notre esprit flotte dans un pr\u00e9sent perp\u00e9tuel et angoissant. L&rsquo;attachement \u00e0 des figures de r\u00e9f\u00e9rence (parents, tuteurs, communaut\u00e9) fonctionne comme une base de s\u00e9curit\u00e9. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l&rsquo;on sait \u00e0 qui l&rsquo;on appartient que l&rsquo;on trouve la force d&rsquo;explorer le monde et de devenir soi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">2. Les pathologies du vide : le \u00ab&nbsp;r\u00eave de Magritte&nbsp;\u00bb et l\u2019absence de rep\u00e8res<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que se passe-t-il lorsque ce sentiment d&rsquo;appartenance fait d\u00e9faut ? Cyrulnik a longuement \u00e9tudi\u00e9 les enfants priv\u00e9s de structure familiale, abandonn\u00e9s ou victimes de graves carences affectives. Sans ce miroir que tend le groupe, l&rsquo;identit\u00e9 s&rsquo;effrite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019auteur utilise une image saisissante pour d\u00e9crire la souffrance de ces enfants : <strong>le r\u00eave de Magritte<\/strong>. En r\u00e9f\u00e9rence aux tableaux du peintre surr\u00e9aliste o\u00f9 les personnages ont un espace vide \u00e0 la place des traits, les enfants priv\u00e9s de r\u00e9cit familial s&rsquo;imaginent souvent leurs parents biologiques avec un trou b\u00e9ant au milieu du visage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N&rsquo;appartenant \u00e0 aucun r\u00e9cit, ils souffrent d\u2019une d\u00e9sorganisation temporelle et d&rsquo;un flou identitaire chronique. Ne sachant pas \u00e0 qui ils ressemblent, ils peinent \u00e0 savoir qui ils sont. C&rsquo;est la preuve clinique que le manque de \u00ab nourritures affectives \u00bb atrophie le d\u00e9veloppement psychique tout autant que le manque de calories affame le corps.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">3. Le pi\u00e8ge de la \u00ab pl\u00e9thore affective \u00bb : quand le lien devient une prison dor\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ici que la pens\u00e9e de Cyrulnik devient particuli\u00e8rement nuanc\u00e9e. Si le vide affectif est une trag\u00e9die, l\u2019exc\u00e8s inverse comporte lui aussi ses dangers. C\u2019est ce qu\u2019il nomme la <strong>pl\u00e9thore affective<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Imaginez une relation exclusive, fusionnelle, o\u00f9 l&rsquo;enfant est totalement envelopp\u00e9 par une figure maternelle protectrice, sans qu&rsquo;aucun tiers (un p\u00e8re, un proche, l\u2019\u00e9cole ou la soci\u00e9t\u00e9) ne vienne s&rsquo;interposer. Ce cocon, qui semble paradisiaque au premier abord, se transforme rapidement en une \u00ab d\u00e9licieuse prison \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Le paradoxe de la surprotection :<\/strong> Pour grandir, l&rsquo;enfant doit imp\u00e9rativement faire l&rsquo;exp\u00e9rience de la s\u00e9paration et de la frustration mod\u00e9r\u00e9e. C\u2019est la rupture de rythme qui \u00e9veille la conscience.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La violence comme issue :<\/strong> Si le milieu familial est trop \u00e9touffant, si l&rsquo;appartenance devient une obligation de fusion totale, l\u2019enfant n\u2019a plus d\u2019espace pour respirer. Cyrulnik explique que, dans ces configurations, l&rsquo;adolescent n&rsquo;a parfois d&rsquo;autre choix que de recourir \u00e0 la crise, \u00e0 la haine ou \u00e0 la violence apparente pour r\u00e9ussir \u00e0 fracturer ce cocon et conqu\u00e9rir son autonomie.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">4. L&rsquo;effet palimpseste : quand les premi\u00e8res traces ressurgissent face au vide<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces premi\u00e8res empreintes du lien, qu\u2019elles soient faites de manque ou d&rsquo;exc\u00e8s, ne s&rsquo;effacent jamais tout \u00e0 fait. Elles s&rsquo;inscrivent dans ce que Cyrulnik nomme l\u2019<strong>effet palimpseste<\/strong>, en \u00e9cho \u00e0 une intuition de Charles Baudelaire. Un palimpseste d\u00e9signe ces parchemins anciens que les moines grattaient pour y superposer de nouveaux textes : nos couches d&rsquo;exp\u00e9riences s&rsquo;accumulent ainsi au fil des ans, recouvrant d&rsquo;oubli les \u00e9crits originels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cependant, lorsque notre arrimage au pr\u00e9sent vacille sous le coup de la vieillesse, de la solitude ou d&rsquo;un traumatisme, le contr\u00f4le conscient s&rsquo;estompe et la trace d\u2019origine refait surface. Cet effet s\u2019oppose radicalement au <em>r\u00e9cit<\/em> : l\u00e0 o\u00f9 le r\u00e9cit est une reconstruction tardive, adaptative et r\u00e9arrang\u00e9e pour donner un sens tol\u00e9rable \u00e0 notre vie, le palimpseste est une r\u00e9surgence brute, involontaire et parfois douloureuse de l&rsquo;\u00e9motion pass\u00e9e, qui vient litt\u00e9ralement s&rsquo;infiltrer et se superposer \u00e0 notre perception du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le message de Boris Cyrulnik dans <em>Les Nourritures affectives<\/em> est une invitation \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre. Nous sommes des \u00eatres de relation : refuser toute appartenance par peur de la d\u00e9pendance nous condamne \u00e0 l&rsquo;errance identitaire. \u00c0 l\u2019inverse, s&rsquo;ali\u00e9ner dans un groupe ou une relation exclusive nous prive de notre libert\u00e9 individuelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9fi d&rsquo;une vie r\u00e9ussie et d&rsquo;une \u00e9ducation r\u00e9ussie r\u00e9side dans cet entre-deux subtil : construire des liens assez solides pour nous s\u00e9curiser, mais assez souples pour nous laisser partir, tout en sachant que l&rsquo;encre de nos premi\u00e8res ann\u00e9es restera \u00e0 jamais grav\u00e9e au fond de notre m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"163\" height=\"310\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boris-cyrulnik-les-nourritures-affectives.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-143\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boris-cyrulnik-les-nourritures-affectives.jpg 163w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/boris-cyrulnik-les-nourritures-affectives-158x300.jpg 158w\" sizes=\"auto, (max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Boris Cyrulnik<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"http:\/\/babelio.com\/livres\/Cyrulnik-Les-nourritures-affectives\/12437\" data-type=\"link\" data-id=\"http:\/\/babelio.com\/livres\/Cyrulnik-Les-nourritures-affectives\/12437\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Les Nourritures affectives<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9ditions Odile Jacob<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En regardant C \u00e0 vous sur France 5, j&rsquo;ai \u00e9cout\u00e9 avec attention Boris Cyrulnik, le sage d&rsquo;entre les sages, qui offre sa vision tranquille mais r\u00e9aliste de l&rsquo;humanit\u00e9. \u00c0 ses&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":142,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[89,90],"class_list":["post-139","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres","tag-boris-cyrulnik","tag-frederic-lopez"],"views":29,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=139"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":144,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/139\/revisions\/144"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/142"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=139"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=139"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=139"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}