{"id":167,"date":"2026-05-27T20:34:36","date_gmt":"2026-05-27T18:34:36","guid":{"rendered":"https:\/\/bomel.be\/?p=167"},"modified":"2026-05-27T20:34:36","modified_gmt":"2026-05-27T18:34:36","slug":"clement-de-romain-lemire-quand-la-langue-evolue-pour-reussir-a-dire-lindicible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/2026\/05\/27\/clement-de-romain-lemire-quand-la-langue-evolue-pour-reussir-a-dire-lindicible\/","title":{"rendered":"\u00ab Cl\u00e9ment \u00bb de Romain Lemire : quand la langue \u00e9volue pour r\u00e9ussir \u00e0 dire l&rsquo;indicible"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Couronn\u00e9 par le Goncourt du Premier Roman, <em>Cl\u00e9ment<\/em> de Romain Lemire (\u00c9ditions Le Cherche Midi) st un r\u00e9cit qui frappe par sa justesse brute, un livre intime et choral qui affronte de plein fouet le tabou de l&rsquo;inceste. \u00c9crit \u00e0 la premi\u00e8re personne, le livre se d\u00e9ploie comme une chronique m\u00e9morielle brute, traquant l&rsquo;existence de son narrateur \u00e9ponyme depuis son tout premier jour de vie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aube de ses cinquante ans. C&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;une d\u00e9flagration silencieuse et, au bout de la nuit, d&rsquo;une r\u00e9silience lumineuse.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/juimagicman-rain-1570854-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-168\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/juimagicman-rain-1570854-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/juimagicman-rain-1570854-300x200.jpg 300w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/juimagicman-rain-1570854-768x512.jpg 768w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/juimagicman-rain-1570854-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/juimagicman-rain-1570854-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image par <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/users\/juimagicman-2003673\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1570854\">JuiMagicman<\/a> de <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1570854\">Pixabay<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une langue au diapason de l&rsquo;\u00e2ge : du <em>tinc<\/em> au <em>flatch<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tour de force esth\u00e9tique de Romain Lemire r\u00e9side avant tout dans sa structure stylistique \u00e9volutive. L&rsquo;\u00e9criture se transforme, grandit et mue en m\u00eame temps que le narrateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les premi\u00e8res pages \u00e9pousent la candeur de la petite enfance. Les phrases sont courtes, na\u00efves, rythm\u00e9es par les rituels d&rsquo;une famille bourgeoise parisienne qui s&rsquo;agite sous le regard d&rsquo;un petit gar\u00e7on. \u00c0 cet \u00e2ge, Cl\u00e9ment et son fr\u00e8re Victor inventent leur propre grille de lecture du monde : il y a les choses tinc (ce qui est propre, droit, beau, fonctionnel) et les choses flatch (ce qui est vieux, d\u00e9pareill\u00e9, de travers, bancal).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis, le seuil des sept ans est franchi. \u00c0 Belle-\u00cele, durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9, l&rsquo;obsc\u00e9nit\u00e9 s&rsquo;invite dans le lit de l&rsquo;enfant. \u00c0 partir de ce viol originel, la prose se charge d&rsquo;un voile de plomb. Cl\u00e9ment devient le spectateur anesth\u00e9si\u00e9 de sa propre vie, \u00ab un touriste qui ne comprend rien, m\u00eame \u00e0 la maison \u00bb. Le ton se fait laconique, captif du trauma, avant de s&rsquo;\u00e9toffer \u00e0 l&rsquo;adolescence, ce \u00ab roncier dans la temp\u00eate \u00bb \u00e0 quatorze ans, et de culminer \u00e0 quarante-deux ans dans des m\u00e9ditations d&rsquo;une maturit\u00e9 bouleversante sur l&rsquo;identit\u00e9, les corps, le deuil et le sens des mots.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le paradoxe du bourreau ador\u00e9 : un homme coup\u00e9 en deux<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lemire \u00e9vite magistralement l&rsquo;\u00e9cueil du manich\u00e9isme en brossant le portrait d&rsquo;un p\u00e8re d&rsquo;une complexit\u00e9 terrible. Andr\u00e9 Drelin n&rsquo;a pas les traits d&rsquo;un monstre de foire ; c&rsquo;est un professeur de fran\u00e7ais charismatique, un dandy sensible et un dessinateur dou\u00e9, adul\u00e9 par son entourage. C&rsquo;est cet homme capable de rouler quatre heures en pleine canicule ou sous la neige pour offrir des roses de No\u00ebl \u00e0 sa femme, ou de dresser une table d&rsquo;hu\u00eetres improvis\u00e9e au milieu des bois pour surprendre ses amis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cl\u00e9ment grandit \u00e9cartel\u00e9 entre cette admiration et l&rsquo;horreur des apr\u00e8s-midis de sieste o\u00f9, sous couvert \u00ab d&rsquo;expliquer comment on fait les enfants \u00bb, le p\u00e8re abuse de lui. Le suicide de ce p\u00e8re \u00e0 quarante-sept ans laisse le crime sans proc\u00e8s, condamnant le fils \u00e0 tra\u00eener l&rsquo;amertume et le parfum <em>V\u00e9tiver<\/em> du paternel comme une prison invisible :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Je suis un oiseau enferm\u00e9 dans la cage thoracique du paternel squelette. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La digue de perles et de roses : le poids de l&rsquo;omerta<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le roman d\u00e9monte avec une pr\u00e9cision chirurgicale les rouages du secret familial. Dans ce milieu intellectuel o\u00f9 la conversation est \u00e9lev\u00e9e au rang d&rsquo;art, le silence est pourtant la r\u00e8gle d&rsquo;or pour pr\u00e9server les apparences. La m\u00e8re, H\u00e9l\u00e8ne Rameau, est une femme monolithique qui fait face \u00e0 la temp\u00eate en s&rsquo;exilant dans son propre mutisme. Pour ne pas devenir folle, elle refuse de voir. Lorsque le secret se fissure, elle pr\u00e9f\u00e8re jeter des perles et des roses sur le bourbier plut\u00f4t que de le regarder en face.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudra la d\u00e9ferlante de la parole collective \u2014 l&rsquo;\u00e9cho syst\u00e9mique de #MeTooInceste \u2014 pour que le couvercle de cette bourgeoisie hypocrite saute enfin, permettant la \u00ab coh\u00e9sion des viol\u00e9s \u00bb entre fr\u00e8res et s\u0153urs, et lib\u00e9rant la parole des enfants caboss\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous pr\u00e9supposons que l&rsquo;inceste rel\u00e8ve de la sexualit\u00e9, sujet que l&rsquo;usage nous d\u00e9fend d&rsquo;aborder en famille. Or, faire l&rsquo;amour et violer un enfant sont deux choses diff\u00e9rentes, \u00e0 moins que l&rsquo;on consid\u00e8re la d\u00e9forestation comme du jardinage.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La le\u00e7on du poirier couch\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 la noirceur de son sujet, <em>Cl\u00e9ment<\/em> est un livre de gu\u00e9rison. Deux motifs traversent le texte comme des talismans. Il y a d&rsquo;abord ce morceau de bois p\u00e9trifi\u00e9 qui \u00ab a connu les dinosaures \u00bb, offert \u00e0 Cl\u00e9ment par une institutrice bienveillante \u00e0 huit ans, symbole d&rsquo;une solidit\u00e9 capable de traverser les mill\u00e9naires.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais le c\u0153ur du livre bat dans la m\u00e9taphore du <strong>poirier couch\u00e9<\/strong> dans le jardin de campagne de La Brosse. D\u00e9racin\u00e9 par une temp\u00eate, cet arbre terrass\u00e9 a pourtant trouv\u00e9 la force de d\u00e9vier son tronc vers le haut pour reconqu\u00e9rir le ciel. \u00c0 l&rsquo;image de cet arbre, Cl\u00e9ment parvient \u00e0 quarante-neuf ans \u00e0 faire l&rsquo;inventaire de sa m\u00e9moire, \u00e0 gu\u00e9rir de ses maux physiques et \u00e0 trouver une alliance apais\u00e9e avec sa compagne Charlie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En acceptant que \u00ab savoir \u00e9crire, c&rsquo;est \u00eatre d&rsquo;accord avec soi pour le faire sinc\u00e8rement \u00bb, il offre enfin un avenir \u00e0 son pass\u00e9. Un premier roman indispensable, salutaire, qui prouve que si le silence d\u00e9truit, les mots choisis finissent toujours par nous sauver.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Je suis Cl\u00e9ment et j&rsquo;ai perdu quarante ans de paix mais \u00e0 la fin j&rsquo;ai gagn\u00e9 mon sourire. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"300\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/romain-lemire-clement-200x300.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-169\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/romain-lemire-clement-200x300.jpeg 200w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/romain-lemire-clement.jpeg 348w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Romain Lemire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Lemire-Clement\/1989626\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Lemire-Clement\/1989626\">Cl\u00e9ment<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9ditions Le Cherche Midi<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Couronn\u00e9 par le Goncourt du Premier Roman, Cl\u00e9ment de Romain Lemire (\u00c9ditions Le Cherche Midi) st un r\u00e9cit qui frappe par sa justesse brute, un livre intime et choral qui&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":168,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[103,104,102],"class_list":["post-167","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres","tag-inceste","tag-prix-goncourt","tag-romain-lemire"],"views":35,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/167","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=167"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/167\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":170,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/167\/revisions\/170"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/168"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=167"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=167"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=167"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}