{"id":204,"date":"2026-06-17T09:33:18","date_gmt":"2026-06-17T07:33:18","guid":{"rendered":"https:\/\/bomel.be\/?p=204"},"modified":"2026-06-17T09:33:19","modified_gmt":"2026-06-17T07:33:19","slug":"bernhard-schlink-et-la-poetique-de-ladieu-pourquoi-ce-qui-reste-est-un-chef-doeuvre-de-serenite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/2026\/06\/17\/bernhard-schlink-et-la-poetique-de-ladieu-pourquoi-ce-qui-reste-est-un-chef-doeuvre-de-serenite\/","title":{"rendered":"Bernhard Schlink et la po\u00e9tique de l\u2019adieu : pourquoi \u00ab Ce qui reste \u00bb est un chef-d&rsquo;\u0153uvre de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 secou\u00e9 par <em>La Petite-fille<\/em> il y a quelques ann\u00e9es, c\u2019est avec une attente toute particuli\u00e8re que je me suis plong\u00e9 dans le dernier roman de Bernhard Schlink, <em>Ce qui reste<\/em> (paru sous le titre original <em>Das sp\u00e4te Leben<\/em>). On y retrouve imm\u00e9diatement ce qui fait la force du grand romancier allemand : cette \u00e9criture limpide, presque clinique, capable de sonder les replis les plus profonds de l&rsquo;\u00e2me humaine avec une \u00e9conomie de mots remarquable.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/truthseeker08-hospice-1821429-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-206\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/truthseeker08-hospice-1821429-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/truthseeker08-hospice-1821429-300x200.jpg 300w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/truthseeker08-hospice-1821429-768x512.jpg 768w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/truthseeker08-hospice-1821429-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/truthseeker08-hospice-1821429-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image par <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/users\/truthseeker08-2411480\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1821429\">\ud83c\udd93 Use at your Ease \ud83d\udc4c\ud83c\udffc<\/a> de <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=1821429\">Pixabay<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, ce texte m\u2019a touch\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re diff\u00e9rente. L\u00e0 o\u00f9 d&rsquo;autres auraient sombr\u00e9 dans le m\u00e9lo ou le tragique r\u00e9volt\u00e9s pour aborder la th\u00e9matique de la fin de la vie, Schlink choisit d&#8217;emprunter le chemin de l\u2019auto-analyse et d&rsquo;une immense s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L&rsquo;art de cartographier sa propre fin<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 soixante-seize ans, Martin, un juriste et universitaire rigoureux, apprend qu\u2019il n\u2019a plus que quelques mois \u00e0 vivre en raison d\u2019un cancer du pancr\u00e9as avanc\u00e9<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>. Pass\u00e9 le premier choc de la col\u00e8re, le r\u00e9cit se d\u00e9ploie comme l&rsquo;itin\u00e9raire d&rsquo;une fin de vie men\u00e9e avec le calme et l\u2019intelligence d&rsquo;un homme habitu\u00e9 \u00e0 penser le monde<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>. Martin ne subit pas sa mort : il l&rsquo;analyse, la comptabilise en semaines, tente d&rsquo;en apprivoiser la fatigue et d&rsquo;anticiper la d\u00e9gradation de son propre corps<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui frappe, c&rsquo;est la dignit\u00e9 de cette d\u00e9marche. Face \u00e0 l&rsquo;in\u00e9luctable, Martin refuse de tricher. M\u00eame lorsque le chaos s&rsquo;invite dans son foyer \u00e0 travers la d\u00e9couverte fortuite de la double vie de son \u00e9pouse, Ulla, Martin ne bascule pas dans le drame destructeur. Il observe cette trahison avec une lucidit\u00e9 d\u00e9sarmante. Plut\u00f4t que de briser le fragile \u00e9difice des semaines qui lui restent, ce secret, qui finira par \u00eatre verbalis\u00e9, red\u00e9finit leur pacte conjugal. Le mensonge n&rsquo;est plus ici une simple bassesse, mais devient parfois une couche de glace protectrice sous laquelle on s&rsquo;efforce de pr\u00e9server l&rsquo;essentiel : la douceur du quotidien.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">La transmission subtile : la \u00ab lettre de rasage \u00bb et le compost<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La grande question qui traverse tout le roman est celle de la transmission. Comment laisser une trace dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un fils de six ans, David, qui sera trop jeune pour se souvenir de son p\u00e8re<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>? Schlink aborde ce concept de mani\u00e8re extr\u00eamement subtile, loin des grands discours moralisateurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne parvenant pas \u00e0 se plier au format moderne de la vid\u00e9o sur smartphone, Martin se r\u00e9fugie dans ce qu&rsquo;il ma\u00eetrise le mieux : l&rsquo;\u00e9criture. Il r\u00e9dige une lettre, qu&rsquo;il baptise avec ironie sa \u00ab\u00a0lettre de rasage\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un film o\u00f9 un p\u00e8re mourant apprenait \u00e0 son fils le sens du rasage. Dans ce texte, Martin livre ses r\u00e9flexions sur Dieu, la justice, le travail et l&rsquo;injustice inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais au-del\u00e0 des mots, la transmission s&rsquo;incarne dans des m\u00e9taphores physiques d&rsquo;une grande beaut\u00e9 que l&rsquo;on d\u00e9couvre au fil des pages :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Le barrage du ruisseau :<\/strong> Lorsque David et Martin s&rsquo;acharnent \u00e0 construire un petit barrage qui finit par retenir l&rsquo;eau, l&rsquo;enfant d\u00e9cide soudainement de le d\u00e9truire lui-m\u00eame. Une intuition poignante : pour ne pas laisser le temps d\u00e9truire son \u0153uvre, il pr\u00e9f\u00e8re en devancer la fin. Une le\u00e7on de contr\u00f4le face \u00e0 l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>Le tas de compost :<\/strong> L&rsquo;am\u00e9nagement de ce compost au fond du jardin devient le v\u00e9ritable testament biologique de Martin. Transformer les d\u00e9chets de la maison et du jardin pour recr\u00e9er une terre fertile, c&rsquo;est inscrire sa propre disparition dans un cycle naturel de renouvellement. Le compost ne fait pas de bruit, il est modeste, mais il dure.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce qui reste, finalement<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le titre du roman r\u00e9sonne comme une \u00e9nigme tout au long de la lecture<sup><\/sup>. Au d\u00e9part, Martin pense que \u00ab\u00a0ce qui reste\u00a0\u00bb, ce sont les meubles h\u00e9rit\u00e9s, les comptes ouverts chez le libraire du coin, ou les trait\u00e9s juridiques qu&rsquo;il a r\u00e9dig\u00e9s<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis, \u00e0 mesure que la maladie progresse et que le monde s&rsquo;\u00e9loigne, le superflu s&rsquo;effondre. Dans les derni\u00e8res semaines pass\u00e9es au bord de la mer Baltique, d\u00e9pouill\u00e9 de son armure d&rsquo;intellectuel, Martin d\u00e9couvre la pure pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui reste, ce ne sont plus les id\u00e9es ou le grand bilan d&rsquo;une vie que l&rsquo;on tente d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de clore<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>. C&rsquo;est la certitude absolue, grav\u00e9e chez son jeune fils, d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 aim\u00e9<sup><\/sup>. C&rsquo;est le poids de la t\u00eate d&rsquo;Ulla amoureusement pos\u00e9e contre la sienne sur le sable<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bernhard Schlink nous offre ici un livre d&rsquo;une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 lumineuse, qui nous rappelle avec une infinie tendresse que mourir n&rsquo;est pas seulement cesser d&rsquo;exister, mais consentir, pas \u00e0 pas, \u00e0 laisser la place \u00e0 ceux que l&rsquo;on aime<sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup><sup><\/sup>. Un texte indispensable.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"186\" height=\"272\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/bernhard-schlink-ce-qui-reste.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-205\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Bernhard Schlink<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Schlink-Ce-qui-reste\/1961015\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Schlink-Ce-qui-reste\/1961015\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Ce qui reste<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gallimard<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 secou\u00e9 par La Petite-fille il y a quelques ann\u00e9es, c\u2019est avec une attente toute particuli\u00e8re que je me suis plong\u00e9 dans le dernier roman de Bernhard Schlink,&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":206,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[124,125,126],"class_list":["post-204","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres","tag-bernhard-schlink","tag-cancer","tag-fin-de-vie"],"views":87,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=204"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":207,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/204\/revisions\/207"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/206"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}