{"id":372,"date":"2026-09-03T17:40:43","date_gmt":"2026-09-03T15:40:43","guid":{"rendered":"https:\/\/bomel.be\/?p=372"},"modified":"2026-09-09T09:20:06","modified_gmt":"2026-09-09T07:20:06","slug":"chaleur-poisseuse-grenouilles-cannibales-et-faux-semblants-la-comedie-humaine-deraille-dans-les-diables-de-beausanges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/2026\/09\/03\/chaleur-poisseuse-grenouilles-cannibales-et-faux-semblants-la-comedie-humaine-deraille-dans-les-diables-de-beausanges\/","title":{"rendered":"Chaleur poisseuse, grenouilles cannibales et faux-semblants : la com\u00e9die humaine d\u00e9raille dans Les diables de Beausanges"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec <em>Les Diables de Beausanges<\/em>, Victor Guilbert signe un polar provincial aussi atypique que r\u00e9jouissant, o\u00f9 le roman noir flirte sans cesse avec l\u2019absurde, le drame intime et l\u2019ironie mordante. D\u00e9laissant les conventions du thriller clinique, l\u2019auteur installe son intrigue dans un d\u00e9cor de fin du monde miniature : la bourgade fictive de Beausanges, en plein c\u0153ur de la diagonale du vide<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/ouaouaron-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-373\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/ouaouaron-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/ouaouaron-300x169.jpg 300w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/ouaouaron-768x432.jpg 768w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/ouaouaron-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/ouaouaron-2048x1152.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Grenouille ouaouaron &#8211; Image par <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/users\/shutterbug314-5782245\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2460400\">Christine Morton<\/a> de <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=2460400\">Pixabay<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Bienvenue \u00e0 Beausanges : le th\u00e9\u00e2tre de l&rsquo;absurde<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019ordinaire, Beausanges est une commune provinciale sans histoire<sup><\/sup>. Mais voil\u00e0 que depuis trois semaines, une anomalie climatique d\u2019allure amazonienne frappe la ville : un ciel de plomb sans soleil, une moiteur \u00e9touffante\u2026 et une pluie de grenouilles taureaux (ou ouaouarons) qui ont pris possession des rues, des jardins, des moteurs de bagnoles et des caniveaux<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est dans ce pand\u00e9monium gluant qu&rsquo;un cadavre fait son apparition : Ashley d\u2019Ambricourt, lyc\u00e9enne d\u00e9lur\u00e9e, fascinante et rejet\u00e9e, est retrouv\u00e9e morte \u00e0 la cime d\u2019un \u00e9pic\u00e9a, la t\u00eate envelopp\u00e9e d\u2019un sac en plastique et le bras bris\u00e9 net<sup><\/sup>. Une mise en sc\u00e8ne rituelle, grotesque et glaciale, qui fait \u00e9cho \u00e0 un meurtre \u00e9trangement similaire commis sept ans plus t\u00f4t \u00e0 Shanghai<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au milieu, le commissariat local prend l&rsquo;eau au sens propre comme au figur\u00e9. Faute de locaux d\u00e9cents, l&rsquo;\u00e9tat-major s\u2019est repli\u00e9 dans un bar de chasse sans nom pour siroter de la Ch\u00e9rubinouze. On y croise le capitaine Barth\u00e9l\u00e9my F\u00e9roce, charismatique flic au bout du rouleau, qui gobe des g\u00e9lules multicolores pour repousser l&rsquo;in\u00e9luctable, sa fid\u00e8le lieutenante B\u00e9r\u00e9nice, gauch\u00e8re r\u00e9tive rong\u00e9e par des crampes menstruelles assassines, et Omar Redout\u00e9, enqu\u00eateur r\u00e9unionnais p\u00e8re de famille press\u00e9 de raccrocher.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Stanislas Plantevin : l\u2019\u00e9tincelle comique<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019un des plus grands d\u00e9lices du roman r\u00e9side dans l&rsquo;irruption de Stanislas Plantevin, \u00e9missaire du minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur parachut\u00e9 depuis Paris<sup><\/sup>. Engonc\u00e9 dans son costume et arm\u00e9 de son sens de la formule, Stanislas d\u00e9barque avec <strong>Simon<\/strong>, un l\u00e9vrier amput\u00e9 des pattes avant qui court debout comme un kangourou, et <strong>Garfunkel<\/strong>, une grenouille taureau apprivois\u00e9e qui voyage sur le museau du chien<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le duo Simon &amp; Garfunkel forme un contrepoint comique irr\u00e9sistible au milieu du sordide. \u00c0 travers le personnage de Stanislas, premier de la classe \u00e9touff\u00e9 par le carcan de la haute bourgeoisie, Guilbert injecte un humour d\u2019esprit, tout en d\u00e9calage, qui all\u00e8ge constamment la gravit\u00e9 des r\u00e9v\u00e9lations.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Mais que viennent faire toutes ces grenouilles ?<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Loin du simple gadget folklorique, l&rsquo;invasion des batraciens constitue le v\u00e9ritable c\u0153ur symbolique du r\u00e9cit<sup><\/sup>. On peut y lire plusieurs strates de sens cach\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>La deuxi\u00e8me plaie d&rsquo;\u00c9gypte et le miroir moral :<\/strong> Dans le r\u00e9cit biblique de l&rsquo;Exode, la pluie de grenouilles s&rsquo;abat sur une communaut\u00e9 dont le c\u0153ur est endurci. \u00c0 Beausanges, les batraciens cannibales et charognards ne font que renvoyer aux habitants leur propre reflet. Cette faune grouillante incarne la pourriture morale d\u2019une communaut\u00e9 o\u00f9 tout le monde espionne, m\u00e9dit, jalouse, trompe son conjoint ou se r\u00e9jouit du malheur d\u2019autrui. Les grenouilles go\u00fbtent le sang de leurs cong\u00e9n\u00e8res \u00e9cras\u00e9es exactement comme les Beausangeois se repaissent de la mort d&rsquo;Ashley.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La m\u00e9taphore des corps \u00e9trangers et du d\u00e9ni :<\/strong> L\u2019esp\u00e8ce invasive (le ouaouaron venu d&rsquo;ailleurs) illustre la gangr\u00e8ne qui s\u2019installe lorsqu\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me refuse de regarder ses v\u00e9rit\u00e9s en face. Les grenouilles ne provoquent pas la ruine de Beausanges : elles en sont le r\u00e9v\u00e9lateur. \u00c0 force de tout enfouir sous le vernis des apparences, la crasse finit par d\u00e9border des \u00e9gouts et coasser sous les lits.<\/li>\n\n\n\n<li><strong>La voix des secrets \u00e9touff\u00e9s :<\/strong> Le coassement continu et assourdissant des grenouilles sert d&rsquo;abord de masque aux bruits inavouables (\u00e9bats en for\u00eat, maltraitances, paniques). Mais quand le tonnerre ou un coup de feu \u00e9clate, le silence subit devient insoutenable. Le chant des grenouilles est le bruit de fond que la ville s&rsquo;invente pour ne pas entendre le cri de ses propres failles.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Une com\u00e9die de m\u0153urs f\u00e9roce sous le fard du polar<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derri\u00e8re la m\u00e9canique tr\u00e8s bien huil\u00e9e du polar qui m\u00eale fausses pistes, secrets d&rsquo;alc\u00f4ve, liens troubles entre ados caboss\u00e9s et parents d\u00e9faillants, Victor Guilbert dresse surtout le portrait d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9composition. L&rsquo;assureur Serge Vaxelaire, arch\u00e9type du faux mou persuad\u00e9 d&rsquo;avoir commis le \u00ab crime parfait \u00bb pour \u00e9chapper \u00e0 son statut de rat\u00e9, est \u00e0 ce titre une figure tragicomique remarquable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le livre capture avec brio cette sensation d\u2019urgence propre \u00e0 notre \u00e9poque : celle d\u2019un monde o\u00f9 les services publics s&rsquo;effondrent, o\u00f9 le climat s&#8217;emballe, et o\u00f9 l&rsquo;humain pr\u00e9f\u00e8re s&rsquo;entre-d\u00e9chirer ou \u00e9craser des grenouilles plut\u00f4t que d&rsquo;affronter sa propre vuln\u00e9rabilit\u00e9<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un roman noir d\u00e9licieusement piquant, port\u00e9 par un sens aigu du dialogue, une m\u00e9lancolie pudique et une galerie de personnages formidablement imparfaits<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"195\" height=\"300\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/victor-guilbert-les-diables-de-beausanges-195x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-374\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/victor-guilbert-les-diables-de-beausanges-195x300.jpg 195w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/victor-guilbert-les-diables-de-beausanges.jpg 650w\" sizes=\"auto, (max-width: 195px) 100vw, 195px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Victor Guilbert<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Guilbert-Les-Diables-de-Beausanges\/1979704\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Guilbert-Les-Diables-de-Beausanges\/1979704\">Les diables de Beausanges<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Flammarion<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec Les Diables de Beausanges, Victor Guilbert signe un polar provincial aussi atypique que r\u00e9jouissant, o\u00f9 le roman noir flirte sans cesse avec l&rsquo;absurde, le drame intime et l&rsquo;ironie mordante.&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":373,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[14,10,7,316],"class_list":["post-372","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-livres","tag-critique-litteraire","tag-polar","tag-roman-noir","tag-victor-guilbert"],"views":171,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=372"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":397,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/372\/revisions\/397"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/373"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=372"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=372"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=372"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}