{"id":381,"date":"2026-09-07T10:11:26","date_gmt":"2026-09-07T08:11:26","guid":{"rendered":"https:\/\/bomel.be\/?p=381"},"modified":"2026-09-09T09:19:31","modified_gmt":"2026-09-09T07:19:31","slug":"je-suis-ne-dans-la-tempete-de-jerome-colin-lacceleration-du-monde-et-le-sanctuaire-du-temps-lent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/2026\/09\/07\/je-suis-ne-dans-la-tempete-de-jerome-colin-lacceleration-du-monde-et-le-sanctuaire-du-temps-lent\/","title":{"rendered":"Je suis n\u00e9 dans la temp\u00eate de J\u00e9r\u00f4me Colin : l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration du monde et le sanctuaire du temps lent"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des livres dont l\u2019approche est intimidante pour les chroniquer. Quand on c\u00f4toie un auteur depuis pr\u00e8s de deux d\u00e9cennies dans les couloirs et qu&rsquo;on conna\u00eet l&rsquo;immense talent du passeur, celui qui, dans <em><a href=\"https:\/\/www.rtbf.be\/emission\/hep-taxi\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.rtbf.be\/emission\/hep-taxi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Hep Taxi !<\/a><\/em> ou aux commandes d&rsquo;<em><a href=\"https:\/\/www.rtbf.be\/emission\/entrez-sans-frapper\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.rtbf.be\/emission\/entrez-sans-frapper\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Entrez sans frapper<\/a><\/em>, poss\u00e8de ce don rare de vous faire aimer une \u0153uvre en trois phrases, ouvrir son propre roman impose une forme d&rsquo;humilit\u00e9. On se sent un peu petit. Pourtant, face \u00e0 <em>Je suis n\u00e9 dans la temp\u00eate<\/em>, la r\u00e9serve professionnelle s\u2019efface d\u2019embl\u00e9e pour laisser place au vertige de la lecture.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/cy125it-alberobello-4026139-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-383\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/cy125it-alberobello-4026139-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/cy125it-alberobello-4026139-300x200.jpg 300w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/cy125it-alberobello-4026139-768x512.jpg 768w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/cy125it-alberobello-4026139-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/cy125it-alberobello-4026139-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Trulli dans les Pouilles &#8211; Image par <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/users\/cy125it-5438845\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=4026139\">cy125it<\/a> de <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=4026139\">Pixabay<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir explor\u00e9 les failles de la jeunesse caboss\u00e9e dans <em>Les Dragons<\/em>, J\u00e9r\u00f4me Colin creuse ici un sillon d\u2019une lucidit\u00e9 f\u00e9roce. Ce nouveau roman dresse un \u00e9tat des lieux sans fard de notre \u00e9poque sous perfusion num\u00e9rique, coinc\u00e9e entre l\u2019omnipr\u00e9sence des algorithmes, l\u2019av\u00e8nement sid\u00e9rant de l\u2019intelligence artificielle et la d\u00e9tresse silencieuse d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration n\u00e9e un \u00e9cran entre les mains.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le jour o\u00f9 Steve Jobs a tu\u00e9 le silence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le roman s&rsquo;ouvre sur un double acte de naissance le 9 janvier 2007 : Steve Jobs pr\u00e9sente l&rsquo;iPhone \u00e0 San Francisco, tandis qu&rsquo;\u00e0 des milliers de kilom\u00e8tres de l\u00e0, le narrateur, Val\u00e9rio, na\u00eet sur la banquette arri\u00e8re d&rsquo;une Alfa Romeo. Le ton est donn\u00e9, implacable : \u00ab L\u2019un allait changer le monde. L\u2019autre en payer le prix \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 travers l\u2019enfance de Val\u00e9rio dans une cit\u00e9 ouvri\u00e8re bord\u00e9e par son terril et la figure maternelle de Lucia, caissi\u00e8re puis \u00ab problem solver \u00bb \u00e9puis\u00e9e dans un hangar logistique, le r\u00e9cit avance en parall\u00e8le avec une chronologie document\u00e9e de notre emballement technologique. Les chapitres \u00e9gr\u00e8nent les ann\u00e9es et les jalons de notre d\u00e9possession collective : l\u2019explosion de Facebook, les vid\u00e9os en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, la captologie, la bo\u00eete de Skinner appliqu\u00e9e \u00e0 nos pouces qui scrollent et, finalement, les conversations vertigineuses avec une IA g\u00e9n\u00e9rative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u00e9rome Colin diss\u00e8que avec une grande justesse ce passage d\u2019un monde d\u2019ancrage \u00e0 un monde de flux o\u00f9 l&rsquo;adolescence ne se vit plus dehors, mais enferm\u00e9e entre quatre murs, connect\u00e9e en permanence mais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment coup\u00e9e du r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bernard, ou le pari de \u00ab l&rsquo;\u00e9cole de l&rsquo;incertain \u00bb<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au c\u0153ur de cette travers\u00e9e scolaire et intime surgit Bernard, professeur atypique en pull de laine r\u00eache, ancien imprimeur reconverti avec sa licence de philosophie en poche. C\u2019est lui qui nomme le mal et qui tente d\u2019enseigner \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves \u00ab l\u2019\u00e9cole de l\u2019incertain \u00bb : comprendre que l\u2019\u00eatre humain est biologiquement, affectivement et cognitivement lent, alors que le d\u00e9cor \u00e9conomique et technologique exige une cadence inhumaine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le personnage rappelle ces enseignants hors normes qu&rsquo;on a tous crois\u00e9s un jour, capables de bousculer les programmes rigides pour s&rsquo;adresser directement \u00e0 ce qui tremble en nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si le proc\u00e9d\u00e9 narratif manque parfois un peu de subtilit\u00e9, l&rsquo;auteur chargeant peut-\u00eatre un peu trop lourdement la barque didactique en concentrant la totalit\u00e9 de l&rsquo;analyse sociologique et philosophique dans les tirades de ce seul enseignant, la puissance du propos emporte tout. Bernard rappelle une v\u00e9rit\u00e9 que la marche folle de notre si\u00e8cle cherche \u00e0 gommer : \u00ab Ce n\u2019est pas la vitesse qu\u2019on aime, c\u2019est l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration \u00bb, parce qu&rsquo;elle promet un mouvement perp\u00e9tuel pour nous \u00e9viter d&rsquo;affronter le vide.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le sanctuaire des Pouilles : la gr\u00e2ce du temps retrouv\u00e9<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Face \u00e0 ce tableau presque apocalyptique de nos existences synchronis\u00e9es par la Silicon Valley, le roman ne sombre pas dans le nihilisme. Le contrechamp lumineux et salvateur r\u00e9side dans la terre natale de la m\u00e8re de Val\u00e9rio, dans les Pouilles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pages consacr\u00e9es \u00e0 la d\u00e9couverte du sud de l\u2019Italie par le jeune gar\u00e7on comptent parmi les plus belles \u00e9crites par J\u00e9r\u00f4me Colin. Loin du rythme fr\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;entrep\u00f4t et des notifications push, il y a la vall\u00e9e d\u2019Itria, les trulli aux pierres empil\u00e9es sans mortier, la terre rouge, les oliviers mill\u00e9naires et cette lumi\u00e8re cuivr\u00e9e de dix-neuf heures qui semble tout pardonner. C\u2019est l\u00e0 que s\u2019exp\u00e9rimente la <em>pennichella<\/em>, ce moment sacr\u00e9 du milieu du jour o\u00f9 le monde s&rsquo;arr\u00eate simplement d&rsquo;exiger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce \u00ab royaume de la lenteur \u00bb devient pour Val\u00e9rio l\u2019antidote indispensable. Une enclave o\u00f9 la mati\u00e8re reprend ses droits sur l&rsquo;immat\u00e9riel, o\u00f9 tremper un morceau de pain dans l\u2019huile et le sel rel\u00e8ve d\u2019une communion plus forte que n&rsquo;importe quelle r\u00e9compense algorithmique. C\u2019est l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on r\u00e9apprend \u00e0 respirer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un autre \u00eatre vivant sans chercher \u00e0 aller plus vite.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je suis n\u00e9 dans la temp\u00eate<\/em> est un cri d&rsquo;alarme poignant sur la capture de nos attentions et la souffrance muette des adolescents contemporains. Mais c\u2019est aussi, et surtout, un texte d\u2019une profonde tendresse qui rappelle qu&rsquo;il nous reste toujours la libert\u00e9 de d\u00e9brancher pour aller chercher, quelque part, ce coin d&rsquo;ombre o\u00f9 la vitesse n&rsquo;entre pas.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"205\" height=\"300\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/je-suis-ne-dans-la-tempete-205x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-382\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/je-suis-ne-dans-la-tempete-205x300.jpg 205w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/je-suis-ne-dans-la-tempete.jpg 683w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>J\u00e9rome Colin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Colin-Je-suis-ne-dans-la-tempete\/2058237\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/Colin-Je-suis-ne-dans-la-tempete\/2058237\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Je suis n\u00e9 dans la temp\u00eate<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Allary \u00c9ditions<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a des livres dont l&rsquo;approche est intimidante pour les chroniquer. 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