{"id":508,"date":"2026-10-13T20:48:24","date_gmt":"2026-10-13T18:48:24","guid":{"rendered":"https:\/\/bomel.be\/?p=508"},"modified":"2026-10-13T20:58:46","modified_gmt":"2026-10-13T18:58:46","slug":"lillusion-doree-des-annees-fric-quand-jai-rencontre-russell-et-corinne-calloway","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bomel.be\/index.php\/livres\/lillusion-doree-des-annees-fric-quand-jai-rencontre-russell-et-corinne-calloway\/","title":{"rendered":"L\u2019illusion dor\u00e9e des ann\u00e9es fric : quand j\u2019ai rencontr\u00e9 Russell et Corinne Calloway"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout est parti d\u2019un rituel dominical auquel je d\u00e9roge rarement : l\u2019\u00e9coute du <em>Masque et la Plume<\/em> sur France Inter. J\u2019adore cette \u00e9mission pour son m\u00e9lange inimitable d\u2019\u00e9rudition parisienne (snobinarde, certes), de mauvaise foi assum\u00e9e, de f\u00e9rocit\u00e9 jubilatoire et de franches engueulades autour d&rsquo;un micro. Ce jour-l\u00e0, la tribune se d\u00e9chirait autour de <em>Rendez-vous sur l\u2019autre rive<\/em>, le roman qui referme une t\u00e9tralogie consacr\u00e9e \u00e0 un couple de New-Yorkais, Russell et Corinne Calloway. Une critique, pas sp\u00e9cialement dithyrambique sur le style de cet ultime tome, confiait pourtant avoir \u00e9cras\u00e9 une larme \u00e0 l\u2019id\u00e9e de faire ses adieux \u00e0 ce couple.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/new-york-manhattant-bridge-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-509\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/new-york-manhattant-bridge-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/new-york-manhattant-bridge-300x200.jpg 300w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/new-york-manhattant-bridge-768x512.jpg 768w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/new-york-manhattant-bridge-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/new-york-manhattant-bridge-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Image par <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/users\/kokygonzalez-15860761\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=5212670\">Fernando Gonz\u00e1lez<\/a> de <a href=\"https:\/\/pixabay.com\/fr\/\/?utm_source=link-attribution&amp;utm_medium=referral&amp;utm_campaign=image&amp;utm_content=5212670\">Pixabay<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour moi qui tra\u00eene de solides lacunes du c\u00f4t\u00e9 des lettres contemporaines am\u00e9ricaines, c\u2019\u00e9tait un double choc : je ne connaissais ni l&rsquo;auteur, Jay McInerney, ni ses h\u00e9ros. Mais la curiosit\u00e9 a imm\u00e9diatement pris le dessus. Et comme je suis incapable de prendre un train en marche ou de picorer la fin d\u2019une saga sans en avoir lu la premi\u00e8re ligne, je me d\u00e9cide \u00e0 d\u00e9vorer le cycle en entier. Suivre un couple pas \u00e0 pas, des ann\u00e9es 90 jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours (\u00e9poques que j\u2019ai moi-m\u00eame travers\u00e9es), c&rsquo;\u00e9tait une promesse trop tentante pour passer mon tour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai donc ouvert le premier volet, <strong><em>Trente ans et des poussi\u00e8res<\/em><\/strong> (<em>Brightness Falls<\/em> en VO)<sup><\/sup>. Et la plong\u00e9e dans l\u2019aquarium new-yorkais a tenu toutes ses promesses.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Un couple ordinaire au pays des d\u00e9mesures<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s les premi\u00e8res pages, le choc culturel est imm\u00e9diat pour le lecteur europ\u00e9en. On d\u00e9barque dans une r\u00e9alit\u00e9 new-yorkaise flamboyante, presque irr\u00e9elle, peupl\u00e9e de <em>yuppies<\/em>, de lofts aux dimensions de cath\u00e9drales et d\u2019une fr\u00e9n\u00e9sie permanente<sup><\/sup>. Le d\u00e9cor balance sans cesse entre deux p\u00f4les : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le milieu tr\u00e8s ferm\u00e9, compass\u00e9 et \u00e9litiste des maisons d\u2019\u00e9dition<sup><\/sup> ; de l\u2019autre, la vulgarit\u00e9 tapageuse de Wall Street et de ses <em>golden boys<\/em> survitamin\u00e9s<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au centre de ce tourbillon \u00e9voluent Corinne et Russell Calloway. Pris isol\u00e9ment, ils sont presque ordinaires, du moins au regard de la faune qui gravite autour d\u2019eux. Ils ont la trentaine pass\u00e9e, l&rsquo;angoisse sourde du temps qui file, un compte en banque qui tire la langue malgr\u00e9 les apparences et un mariage qui cherche son second souffle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l&rsquo;entame du bouquin, j&rsquo;ai ador\u00e9 l&rsquo;atmosph\u00e8re. McInerney excelle \u00e0 croquer le snobisme d\u00e9sopilant de ce microcosme litt\u00e9raire o\u00f9 les \u00e9diteurs se prennent pour des m\u00e9c\u00e8nes du Si\u00e8cle d\u2019or tout en calculant des tirages au rabais. C\u2019est aussi le portrait cru d&rsquo;une \u00e9poque gris\u00e9e par l&rsquo;illusion : celle du reaganisme triomphant, o\u00f9 tout semble achetable, o\u00f9 l&rsquo;argent cr\u00e9e la r\u00e9alit\u00e9 et absout toutes les trahisons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les contrastes entre les deux \u00e9poux sont saisissants. Il y a la fragilit\u00e9 de Corinne, courtier malgr\u00e9 elle pour payer le loyer, tiraill\u00e9e entre son envie de maternit\u00e9, son sentiment d\u2019inad\u00e9quation et ses vir\u00e9es b\u00e9n\u00e9voles dans les soupes populaires. Et face \u00e0 elle, la grossi\u00e8ret\u00e9 toute naturelle de Russell : un ours gaffeur (<em>Boum Calloway<\/em>), un brin parvenu, plein d\u2019ambition contrari\u00e9e et de maladresse masculine, qui bouscule le mobilier comme il bouscule les c\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Sous le vernis de la f\u00eate, la chute programm\u00e9e<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sans rien d\u00e9voiler des p\u00e9rip\u00e9ties qui font le sel du r\u00e9cit, ce qui frappe dans <em>Trente ans et des poussi\u00e8res<\/em>, ce sont les lignes de faille qui l\u00e9zardent le d\u00e9cor sous la surface des r\u00e9ceptions branch\u00e9es<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le roman s&rsquo;ouvre sur un arri\u00e8re-go\u00fbt de d\u00e9sastre : l&rsquo;ombre de la cure de d\u00e9sintoxication, les corps ab\u00eem\u00e9s, l&rsquo;automne 1987 qui s&rsquo;annonce<sup><\/sup>. McInerney tisse une trag\u00e9die feutr\u00e9e autour de cette g\u00e9n\u00e9ration qui refuse de vieillir<sup><\/sup>. Les personnages courent d\u2019un vernissage \u00e0 un d\u00eener au Plaza, boivent trop, s&rsquo;\u00e9tourdissent, mais le vide les rattrape d\u00e8s que la lumi\u00e8re du jour \u00e9claire la moquette<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a une trame souterraine fascinante : celle de la perte irr\u00e9m\u00e9diable de l\u2019innocence. Les id\u00e9aux de jeunesse (la po\u00e9sie pure, le militantisme, la fid\u00e9lit\u00e9 absolue) s\u2019effritent sous la pression de la r\u00e9ussite sociale. Russell pense pouvoir manipuler le monde sans se br\u00fbler les ailes, tandis que Corinne sent confus\u00e9ment que le roi est nu et que le sol sous leurs pieds menace de s&rsquo;effondrer. Le roman capture ce moment pr\u00e9cis de bascule o\u00f9 les compromis cessent d&rsquo;\u00eatre de petits arrangements pour devenir le deuil d\u00e9finitif de la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le verdict<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">McInerney signe une com\u00e9die humaine f\u00e9roce et m\u00e9lancolique, quelque part entre la vitesse d&rsquo;un dialogue \u00e0 la Woody Allen et la d\u00e9sillusion de Francis Scott Fitzgerald<sup><\/sup>. On rit du cynisme des uns, on s&rsquo;agace des l\u00e2chet\u00e9s des autres, mais on s&rsquo;attache terriblement \u00e0 ce duo imparfait qui tente de surnager au milieu du mirage<sup><\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant que j&rsquo;ai fait leur connaissance, je comprends pourquoi cette critique avait le c\u0153ur serr\u00e9 au moment de les quitter. Heureusement pour moi, l&rsquo;aventure ne fait que commencer : trois autres tomes m&rsquo;attendent pour voir vieillir Russell et Corinne. Et j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 plong\u00e9 dans le deuxi\u00e8me.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-medium\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"182\" height=\"300\" src=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/jay-mcinerney-trente-ans-et-des-poussieres-182x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-510\" srcset=\"https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/jay-mcinerney-trente-ans-et-des-poussieres-182x300.jpg 182w, https:\/\/bomel.be\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/jay-mcinerney-trente-ans-et-des-poussieres.jpg 364w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Jay McInerney<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/McInerney-Trente-ans-et-des-poussieres\/5156\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.babelio.com\/livres\/McInerney-Trente-ans-et-des-poussieres\/5156\">Trente ans et des poussi\u00e8res<\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Points<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout est parti d&rsquo;un rituel dominical auquel je d\u00e9roge rarement : l&rsquo;\u00e9coute du Masque et la Plume sur France Inter. 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