
Le rock français est-il en train de devenir une espèce en voie de disparition ? Depuis que Shaka Ponk a tiré sa révérence, le paysage semble soudainement bien silencieux. Pourtant, il reste une étincelle, ou plutôt un brasier : Skip The Use. Avec leur nouvel album Love & Anxiety, Mat Bastard et sa bande prouvent qu’ils sont peut-être les derniers à savoir conjuguer rage sociale et dancefloor.
Mat Bastard : Le souvenir d’un ouragan scénique
Ma connexion avec ce groupe ne date pas d’hier. Je me rappelle encore cette claque monumentale lors d’une tournée où j’avais découvert Mat Bastard. À l’époque, il n’était « que » l’un des chanteurs du groupe belge Joshua. Mais soyons honnêtes : c’était clairement lui qui portait l’énergie du show sur ses épaules. Il y avait déjà cette électricité sauvage, cette incapacité à rester en place qui est devenue la signature de Skip The Use.
Depuis, le chemin parcouru est impressionnant : l’explosion du tube « Ghosts », une Victoire de la Musique en 2013, et une place de leader incontesté sur la scène rock hexagonale.
Love & Anxiety : Danser quand tout brûle

Ce qui me frappe dans cet album, c’est cette urgence. C’est un disque enragé, une réponse viscérale aux changements brutaux de notre monde. On y trouve d’ailleurs un featuring très réussi avec Shayne (révélé par la Nouvelle École) qui apporte sa voix old school hyper intéressante au projet.
C’est un album qui donne envie de se battre, mais surtout de danser sur les décombres. Les paroles sont à l’image de cette dualité :
La fureur de vivre et de résister
Dans le titre « Distorter », le groupe pose les bases d’une insoumission totale face au système:
« Build up their walls, keep us in line / We ain’t gonna bow, we were born to defy » (Ils dressent leurs murs pour nous faire rentrer dans le rang / Nous ne nous inclinerons pas, nous sommes nés pour défier.)
Une nostalgie électrique
Le morceau « Good Old Days » nous replonge dans l’époque des blousons de cuir et de la liberté absolue:
« We were kings of the goddamn street / (…) We chasing freedom like a goddamn star » (Nous étions les rois de cette satanée rue / (…) On pourchassait la liberté comme une étoile sacrée.)
Un constat lucide sur l’époque
Enfin, dans « We Are Good » , Skip The Use n’élude pas la crise climatique, mais choisit la solidarité plutôt que le désespoir:
« Ocean rises and the forests fade / Let’s dance on a song about the mess you made » (L’océan monte et les forêts s’effacent / Dansons sur une chanson qui parle du désordre que vous avez semé.)
Mon verdict : Un album nécessaire
Love & Anxiety n’est pas juste un disque de plus. C’est le cri de ralliement d’un groupe qui refuse de s’éteindre. Si vous cherchez de l’énergie brute pour votre playlist de running ou de la matière à réflexion pour vos soirées, foncez. Le rock n’est pas mort, il a juste besoin de haut-parleurs plus puissants.
