La Colline de Mathilde Beaussault : quand le silence devient résistance

Malgré la cruauté de son intrigue, La Colline de Mathilde Beaussault révèle une beauté lumineuse où le mutisme d’une adolescente s’impose comme l’ultime rempart contre la barbarie.

Image par Nino Carè de Pixabay

Publié aux Éditions de l’Épée, La Colline est une œuvre d’une intensité brutale, de celles qui laissent une empreinte durable bien après la fermeture du livre. Malgré la cruauté viscérale et sans fard de son propos, le récit déploie une grâce singulière qui captive dès les premières lignes.

L’intrigue s’ouvre sur un drame absolu : la découverte d’un nouveau-né abandonné dans une benne à ordures d’une cité rennaise. Autour de cet événement tragique s’articule une enquête policière et médicale, mais le véritable cœur du livre bat ailleurs. Il bat auprès de Monroe, dix-sept ans, livrée à elle-même, prise au piège entre la rigidité empoisonnée de sa mère Anna et la marginalité protectrice de sa grand-mère Madeleine. L’autrice nous emmène ainsi dans des allers-retours saisissants entre l’asphalte gris du quartier du Blosne et le Rocher, ce refuge rural niché dans les collines bretonnes.

Sous la surface de ce drame social, l’œuvre est irriguée de trames profondes et de motifs symboliques :

  • Le silence comme bouclier ultime : Dans un monde saturé par la violence des hommes, la vulgarité du frère Sébastien, le ressentiment de la mère ou la brutalité d’Alfred, le mutisme de Monroe n’est ni de la soumission ni de la faiblesse. Il s’impose comme la plus haute réponse à l’abjection. Se taire devient une forteresse, un geste de résistance pure face aux agressions.
  • La transmission matricielle du « don » : Entre Madeleine la guérisseuse et Monroe l’artiste, le lien qui se tisse est presque chamanique. Le don de soigner par les mains ou par le dessin, traçant des lignes de Bic noir sur des cahiers pour réinventer le réel, est une forme de réparation générationnelle. Là où les hommes détruisent et abattent les arbres, les femmes du Rocher soignent, recueillent et préservent.
  • La symbiose avec le sauvage : La présence récurrente de la corneille, l’oiseau blessé puis apprivoisé, incarne la part d’instinct sauvage qui résiste à l’oppression. L’animal est le miroir de Monroe : tous deux traqués, tous deux indociles.
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La Colline ne cherche jamais le misérabilisme. Par sa prose précise et poétique, Mathilde Beaussault transforme la noirceur en un écrin où la dignité humaine, portée par la figure protectrice de Jacques ou le dévouement des soignants, finit par percer la nuit. Une lecture douloureuse, essentielle et lumineuse.

Mathilde Beaussault

La colline

Seuil

1 Comment

  1. Naalia

    Houuuuuuu, je le mets sur ma wish list 😍

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