P.R2B – « Presque Punk » : l’album coup de poing indispensable que vous avez (peut-être) raté

Capture Youtube du clip « Presque Punk »

Si le flot incessant des sorties musicales vous l’a fait manquer à la fin de l’année dernière, il est urgent de rattraper votre retard : Presque Punk, le deuxième album de P.R2B, s’impose comme l’un des disques les plus vibrants, intelligents et salvateurs de la scène francophone contemporaine. Entre beat clubs, déflagrations poétiques et appel à la fête collective, plongée dans une œuvre majeure signée Pauline Rambeau de Baralon.

P.R2B : la cinéaste du son et de la fureur poétique

Avant d’embraser les scènes et les casques audio, Pauline Rambeau de Baralon (P.R2B) a fait ses armes au cinéma à la prestigieuse Fémis. Clarinettiste de formation classique, pianiste, saxophoniste et réalisatrice, elle conçoit la musique comme un art total, visuel, viscéral et scénique.

Révélée en 2020 avec son EP Des rêves, puis confirmée par la claque de Rayons Gamma, l’artiste a choisi de s’isoler dans les Cévennes pour composer. Loin du tumulte parisien et des injonctions de rentabilité des open-spaces, elle a bâti un disque en forme de manifeste : comment rester debout et joyeux dans un monde au bord de l’implosion ?

« Presque Punk » : faire de la douceur le nouvel acte de résistance

Au cœur de l’album, le morceau-titre « Presque Punk » résume la philosophie lumineuse du projet. Face au dérèglement climatique, aux écrans omniprésents et au sentiment d’impuissance, P.R2B refuse le cynisme noir :

« Alors on se mettra tous à rêver / Cinquante degrés on sera tous allongés / […] Quand on aura peur on se tiendra la main / Et la vie sera presque punk »P.R2B, Presque punk

Pour l’artiste, être « presque punk », c’est capter l’énergie brute, la liberté et l’esprit de corps du mouvement sans verser dans la destruction vaine. À quoi bon casser ce qui est déjà en ruine ? La vraie révolution réside désormais dans la tendresse, le collectif et la fête partagée.

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« Buzz » : transformer l’angoisse de l’époque en transe collective

Avec « Buzz », P.R2B part d’une sensation physique étouffante — un bourdonnement persistant dans les oreilles, métaphore de la surstimulation mentale et d’une société sous tension constante :

« Y a un buzz dans mes oreilles, dans mes oreilles / Y a un buzz je suis certaine il n’était pas là à mon réveil »

Plutôt que de s’enfermer dans la panique médicale, la chanson bascule dans une fable surréaliste et furieusement rythmée. Le cabinet du médecin débordé cède la place à la fête sauvage : le buzz envahit la ville et pousse la foule dans la rue pour une transe libératrice. C’est l’illustration parfaite de son geste artistique : prendre nos névroses contemporaines, les injecter dans un beat implacable et les sublimer par la danse collective.

« Bullshit Job » (feat. Philippe Katerine) : l’art de la démission joyeuse

Véritable sommet d’humour absurde et de satire sociale sur le disque, « Bullshit Job » met en scène un ping-pong épistolaire entre une employée à bout de souffle et son patron. P.R2B ouvre le bal par un mail de rupture sans détour, préférant voler une Fiat Panda plutôt que de subir l’aliénation du bureau :

« Ce matin j’écris cet email / Pour vous dire que je n’irai pas / Au travail toute la semaine / Il fait vraiment trop beau pour ça / […] Quitte ton putain de bullshit job / Et viens faire un tour avec moi »

Face à elle, Philippe Katerine campe un supérieur hiérarchique qui, au lieu de sévir, s’offre une après-midi de dérive libertaire — entre panini, Sundae et contemplation des nuages — avant de retourner complètement sa veste :

« J’ai pris l’après-midi / Pour me faire un avis / […] Aujourd’hui mes yeux sont ouverts / Je ne raterai plus un instant / À présent, on va en rave »

Née de leur rencontre au Printemps de Bourges, cette collaboration transforme la perte de sens au travail en un hymne rave et burlesque particulièrement jubilatoire.

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« Amnésie » : la mémoire comme fardeau et territoire poétique

À l’opposé de la déflagration club, « Amnésie » révèle toute l’intensité de son écriture introspective. La chanson aborde la mémoire absolue, cette incapacité viscérale à effacer les souvenirs, les dates et les visages :

« Est-ce qu’il y a des gens qui savent comment oublier ? / Rien n’se perd dans ma mémoire, mon présent passé / C’est comme si j’avais au cœur, un siècle de bonheur / Comme tout appris par cœur, c’est fou c’est beau et ça fait peur »

Tandis que notre époque prône l’oubli rapide et le défilement continu, P.R2B revendique le poids des traces. Elle contemple l’amnésie des autres comme un « reflet d’or » inaccessible, préférant embrasser tout ce qui reste : les films partagés, les bonheurs enfouis et les deuils. Une ballade d’une grande délicatesse mélodique qui confirme sa force de plume.

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