Sorties musicales : le retour événement de Beck, l’adieu émouvant de Soft Cell et les pépites de la semaine

Entre retours très attendus de légendes de l’indie-rock, adieux vibrants gravés sur le dancefloor et pépites pop ou alternatives à ne surtout pas rater : la récolte musicale de cette semaine est particulièrement riche. De la mélancolie organique de Beck à la pop disco survoltée de Carly Rae Jepsen, en passant par l’humour noir des Écossais d’Arab Strap, l’ultime hommage de Soft Cell et le coup de cœur rock signé Crawlers, voici 5 morceaux pour pimper vos playlists.

Beck – In the Night

Sept ans après les expérimentations synthétiques et futuristes d’Hyperspace (2019), le héros indie des années 90 repasse aux affaires. Si tout le monde garde en mémoire l’éternel hymne slacker Loser (1994), Beck Hansen s’apprête à signer son grand retour avec un quinzième album studio baptisé Ride Lonesome, dont la sortie est calée au 18 septembre chez Capitol Records.

Pour orchestrer ce nouveau chapitre, le Californien n’a pas fait les choses à moitié : il a réuni en studio sa garde rapprochée historique — Smokey Hormel, Joey Waronker, Justin Meldal-Johnsen, Roger Joseph Manning Jr. et Jason Falkner — ainsi que son complice de toujours au mixage, Nigel Godrich. Dix ans après Morning Phase, le collectif s’est retrouvé au Room B des United Studios à Hollywood pour renouer avec une alchimie organique, acoustique et intimiste.

Le premier extrait, In the Night, s’inscrit directement dans le Spleen majestueux de ses chefs-d’œuvre contemplatifs (Sea Change, Mutations). Porté par des arpèges de guitare sèche, des envolées de cordes étouffées et la voix caverneuse de Beck, le titre s’offre un clip marquant signé Mikai Karl. En plan-séquence, on y suit l’acteur français Denis Lavant (comédien fétiche de Leos Carax), cigarette au bec, promenant sa mélancolie et ses fantômes dans un appartement délabré.

Carly Rae Jepsen – After All

Quinze ans après avoir secoué la planète pop avec l’increvable tube Call Me Maybe (2011), Carly Rae Jepsen prouve qu’elle est bien plus qu’une comète du Top 40. Devenue une icône de la pop indépendante acclamée par la critique, la chanteuse canadienne s’apprête à sortir Day and Night le 18 septembre chez Interscope, un ambitieux double album de 24 titres.

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Le second extrait, After All, s’impose comme une pépite disco-soul lumineuse. Produit par son fidèle collaborateur Kyle Shearer, le morceau prend une dimension intime toute particulière : écrit durant sa grossesse, il évoque la manière dont la maternité vient transformer l’identité, l’amour et la vision du foyer. Une thématique qui irrigue l’ensemble de ce nouveau projet, conçu main dans la main avec son mari, le musicien et producteur Cole M.G.N. (avec qui elle a accueilli une petite fille en mars dernier).

Pour ce double album pensé en deux volets — l’un plus organique et folk (« Day »), l’autre plus sombre et synthétique (« Night ») —, Carly Rae Jepsen s’est affranchie de toute pression commerciale. Comme elle le confiait récemment à NME :

« Par le passé, mes projets de faces B étaient parfois mes préférés […]. Mais cette fois, j’ai eu l’impression de moins devoir cacher ma vraie nature. C’est un projet de pure passion. À 40 ans, je me suis dit : faisons un double album assumé. »

Arab Strap – Glamour Magick

Si vous ne connaissiez le groupe que de nom, voilà l’occasion parfaite de vous rattraper avec un immense coup de cœur. Le mythique duo écossais Arab Strap, formé par le chanteur Aidan Moffat et le guitariste Malcolm Middleton, s’apprête à fêter ses 30 ans de carrière avec un neuvième album studio intitulé Half-Told Tales, à paraître le 4 septembre chez Rock Action Records.

Deuxième extrait de ce disque à venir, le single Glamour Magick est une pépite d’humour noir et d’autodérision tranchante. Sur un rythme captivant, Aidan Moffat égrène avec une honnêteté désarmante la liste des artifices et chirurgies auxquels on recourt pour masquer les ravages du temps : du simple shampoing à la caféine jusqu’aux injections de graisse ou aux liftings les plus absurdes. Un constat aussi drôle que grinçant sur l’obsession moderne de la jeunesse éternelle, résumé par le musicien lui-même :

« La chanson parle de la pression de paraître jeune et de la façon dont nous dissimulons notre vraie nature. C’est parti des produits que j’utilise au quotidien — shampoing à la caféine, crème contour des yeux… Et puis je me suis demandé jusqu’où je serais prêt à aller. De nouvelles dents, une liposuccion… combien de temps avant qu’il ne reste plus rien de moi ? Le temps est notre ennemi et nous dépensons tous de l’argent pour le combattre. »

Le morceau s’accompagne d’un clip délicieusement horrifique réalisé par David Arthur. On y voit le chanteur consulter une chirurgienne esthétique suspecte (assistée par son compère Malcolm Middleton), avant que les choses ne prennent une tournure particulièrement sanglante lorsque sa carte bancaire est refusée…

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Soft Cell – In Heaven (When I Dance With You)

L’émotion est palpable à l’écoute de ce tout nouveau morceau. Marqué par le décès récent de son membre fondateur, le compositeur et producteur Dave Ball, le duo synth-pop légendaire Soft Cell s’apprête à tirer sa révérence avec un sixième et ultime album studio, Danceteria, attendu le 25 septembre chez Republic of Music. Ce disque testament tire son nom du mythique club new-yorkais des années 80 qui avait tant façonné leur chef-d’œuvre Non-Stop Erotic Cabaret à l’époque de l’inégalable Tainted Love.

Premier extrait de cet adieu, In Heaven (When I Dance With You) est un hymne lumineux, dansant et résolument optimiste. Si le temps a légèrement patiné la voix de Marc Almond, le chanteur britannique y insuffle une théâtralité et un coffre magnifiques. Dave Ball, de son côté, avait bouclé les arrangements électroniques jubilatoires du morceau à peine deux jours avant sa disparition. En écoutant cette célébration de la disco du début des années 80, il est impossible de ne pas imaginer Dave danser là où il est désormais. Comme l’explique Marc Almond :

« In Heaven (When I Dance With You) est une célébration de la scène disco joyeuse du début des années 80. Je voulais que ce soit ce moment précis où vous vous précipitez sur la piste de danse. »

Crawlers – COOL

Pour conclure cette sélection, voici ma plus belle découverte de la semaine, un véritable coup de cœur : le groupe de rock alternatif britannique Crawlers. Avec COOL, deuxième extrait de leur prochain EP TURN OFF THE TV (qui fait suite à AFRAID TO DIE), la formation originaire de Liverpool livre un morceau à la fois plus doux, maîtrisé et terriblement accrocheur.

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Sous ses airs de single rock décontracté et garanti sans prise de tête, COOL aborde pourtant des thématiques profondes et brutales : le poids des apparences, la santé mentale, l’anxiété écologique et les faux-semblants qu’on s’impose au quotidien pour garder la face. La chanteuse du groupe, Holly Minto, explique avec une sincérité désarmante la genèse de ce titre :

« COOL parle de la pression permanente de devoir garder les apparences et faire comme si tout allait bien, même quand on s’effondre de l’intérieur. On utilise des distractions comme l’alcool pour essayer de rester « cool » et tenir le coup, mais c’est épuisant. Il y a ce combat constant entre le désir d’être honnête et celui de porter un masque pour se protéger. C’est aussi un regard sur le monde qui s’effondre — le climat, la politique — en se demandant : comment continuer à faire le « cool » quand tout brûle autour de nous ? »

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