
De la pop insolente aux hymnes de résistance revisités, la rentrée musicale francophone frappe fort en ce début septembre. Entre le retour acéré d’Eddy de Pretto sur les dérives du conformisme, la surprise électro-club signée Indochine et Mosimann, le romantisme absurde de Philippe Katerine orchestré par NK.F, l’élégance britpop de Sam Sauvage et la poésie sauvage de Mouvement, voici la sélection des cinq titres indispensables qui bousculent l’actualité musicale de la semaine.
Sam Sauvage – Sorry I’m French
Après le succès de son premier album Mesdames, Messieurs, une Victoire de la Musique méritée (Révélation masculine) et plus de 70 dates de tournée à travers la France et les festivals, Sam Sauvage confirme son statut d’électron libre de la nouvelle scène française. Loin de s’endormir sur ses lauriers, il dévoile « Sorry I’m French », un nouveau single taillé pour marquer les esprits avant ses deux concerts parisiens à l’Olympia les 14 et 15 décembre 2026 (sans oublier son passage à Namur le premier week-end de septembre).
L’artiste s’amuse à faire dialoguer l’élégance de la chanson française avec l’insolence nerveuse de la britpop. Porté par une énergie pop bondissante et immédiate, le morceau joue à merveille sur les contrastes : derrière une ritournelle ultra-accrocheuse se glisse une plume piquante et lucide. Sam Sauvage y déploie un regard faussement désinvolte sur sa génération, ses paradoxes et les travers de son époque, prouvant une nouvelle fois qu’il sait faire danser tout en bousculant les codes.
Eddy de Pretto – sous influence
Fort de plus de 700 000 albums vendus et d’un milliard de streams, Eddy de Pretto amorce le premier chapitre de son quatrième album avec le percutant « sous influence ». Révélé en direct sur RTL2 et testé la veille lors d’une release party immersive où le public dictait les choix scéniques, le morceau dissèque avec une redoutable lucidité les mécanismes de conformisme et la pression invisible du regard d’autrui.
Dans un décor urbain saturé de faux-semblants et d’injonctions, l’artiste met en scène le tiraillement universel entre la soif de singularité et le réflexe grégaire d’imitation. À travers une écriture incisive et affinée, il interroge l’illusion de notre libre arbitre face aux réseaux sociaux, aux modes et au besoin viscéral d’acceptation. Musicalement, de Pretto réussit un grand écart électrisant : un refrain imparable et fédérateur taillé pour faire danser les foules, au service d’une réflexion existentielle poignante sur nos solitudes connectées. Un hymne générationnel lucide qui confirme son talent pour marier chanson à texte et efficacité pop moderne.
Philippe Katerine – Je te donnerais
Touche-à-tout insatiable, plasticien, écrivain et compositeur imprévisible, Philippe Katerine prépare l’arrivée de son nouvel album Planète bleue (attendu le 23 octobre) avec un premier extrait savoureux : « Je te donnerais ».
Passionné de M.A.O. (Musique assistée par ordinateur) et fasciné par la liberté du rap contemporain, le trublion fait équipe pour l’occasion avec l’architecte sonore NK.F (l’homme derrière le son de PNL ou Damso). Loin des codes figés de l’ego-trip, Katerine détourne l’esthétique urbaine, jouant de l’autotune et de toplines léchées pour signer une déclaration d’amour inconditionnel et absurde. Dans sa bouche, le sacrifice suprême devient surréaliste mais profondément touchant, oscillant entre le don d’organes impromptu (« donner un rein ») et l’allégeance canine. Une fantaisie poétique singulière, qu’il déclinera également sur scène lors d’une tournée symphonique automnale (avec notamment un passage au Palais des Beaux-Arts de Charleroi le 6 octobre et à la Philharmonie de Paris).
Indochine – Victoria (Maxi single & Remix par Mosimann)
Surprise de taille chez Indochine : Nicola Sirkis et sa bande ont pris tout le monde de court ce vendredi en dévoilant un maxi single événement autour de « Victoria », l’un des titres les plus vibrants de leur dernier album Babel Babel. Cette sortie marque le lancement officiel des précommandes d’Arena Tour, Le Film, captation scénique d’une tournée spectaculaire réputée pour ses partis pris visuels forts et éminemment politiques.
Véritable hymne de résistance et de solidarité, le morceau se réinvente ici à travers cinq déclinaisons distinctes : la version album, un mix radio calibré, un enregistrement live fiévreux extrait du film, une version instrumentale et, surtout, un remix club redoutable signé par le producteur suisse Mosimann. Ce dernier insuffle au titre une tension électro-dance taillée pour les dancefloors sans trahir l’âme mélodique et engagée de la bande à Sirkis. Une relecture audacieuse qui redonne une intensité neuve à ce chapitre de la discographie indochinoise.
Mouvement – La Grande Histoire
Pour refermer ce tour d’horizon avec une découverte envoûtante, place à Mouvement, projet musical et poétique emmené par Nicolas Comment. Photographe réputé, auteur et musicien au carrefour des arts visuels et de la littérature, Nicolas Comment façonne depuis des années une œuvre exigeante, habitée par le verbe et les fantômes de la chanson française lettrée.
Une publication partagée par Nicolas Comment (@ateliernicolascomment)
Avec « La Grande Histoire », il déploie un titre éminemment charnel, sorte de liturgie païenne et d’accouplement ancestral où la sève végétale se mêle aux fluides intimes. Servi par une écriture brute, fiévreuse et viscérale, le morceau convoque une mythologie sauvage d’arbres dressés, de bêtes en rut et de cathédrales incandescentes. Une échappée poétique hypnotique et hors du temps, qui tranche singulièrement avec les canons pop actuels et impose une signature atmosphérique remarquable.
