
Le 3 juillet dernier, en ouverture de la 60ᵉ édition du mythique Montreux Jazz Festival, la Britannique Raye a offert un gala sur mesure, entourée d’un orchestre symphonique et d’invités prestigieux comme Alicia Keys et Mark Ronson. Une prestation magistrale de deux heures, oscillant entre hommage aux monstres sacrés de la soul et ferveur pop, à voir en accès libre sur Arte Concert.
C’était censé être un dimanche soir calme. Un fauteuil, une lampe tamisée et les premières pages du dernier Philippe Jaenada entre les mains (dont la chronique arrivera très vite ici). En quête d’un simple fond sonore pour accompagner ma lecture, j’ai fait ce que je fais souvent quand je cherche de la belle matière : traîner dans les allées toujours généreuses et pléthoriques d’Arte Concert.
Et là, une vignette m’interpelle : Raye en ouverture du 60ᵉ Montreux Jazz Festival.
Pour être tout à fait honnête, mes premiers pas avec Raye ne viennent pas des cercles d’initiés de la soul londonienne, mais d’un détour par le petit écran : sa bombe Where Is My Husband reprise par Sarah lors d’un prime de la Star Academy. On a les points d’entrée qu’on a, mais la curiosité était piquée. Le livre de Jaenada est finalement resté posé sur les genoux : impossible de décrocher de l’écran.
Une scène octogonale pour une reine moderne
Pour lancer ce jubilé historique dans un Auditorium Stravinski retrouvé, le festival suisse a confié les clés à l’autrice-compositrice de 28 ans pour sa troisième venue consécutive. Raye s’y est avancée sans filet, au cœur d’un dispositif scénique unique : un plateau octogonal rotatif bordé de voiles géantes, le public tout autour, soutenu par un orchestre de 19 musiciens et choristes capable de passer en un claquement de doigts de la délicatesse symphonique au swing d’un big band cuivré.
L’entrée en matière donne le ton et le frisson : une relecture solennelle du Who Knows Where The Time Goes de Nina Simone, figure tutélaire des lieux. Si l’émotion rend la voix parfois fébrile dans les premières minutes, l’artiste londonienne prend très vite la mesure du sanctuaire vaudois.
Le grand huit : d’Aretha Franklin à Prince
Ce concert n’est pas un simple tour de chant pour promouvoir son répertoire ou son récent album The Music May Contain Hope (dont l’impeccable Beware The South London Lover Boy). C’est une déclaration d’amour aux fantômes bienveillants de Montreux.
Avec une générosité désarmante et cette manie touchante de beaucoup bavarder entre les morceaux pour conjurer le trac, évoquer ses fêlures ou ses chagrins, Raye revisite l’histoire avec insolence : Rock Steady d’Aretha Franklin, Sex Machine de James Brown, Georgia de Ray Charles, ou un extrait suspendu du Purple Rain de Prince. Il y a aussi ce moment suspendu avec Fields, dédié les larmes aux yeux à son grand-père suisse qui l’avait applaudie jadis au bord du Léman.
Le choc Alicia Keys et le groove de Mark Ronson
Si le show captive par sa démesure, le pic d’adrénaline survient avec ses invités surprises. D’abord Mark Ronson, guitare en bandoulière, venu électriser la salle sur l’imparable Uptown Funk et leur collaboration Suzanne.
Puis, le sommet d’élégance : l’apparition d’Alicia Keys. L’Américaine s’installe au piano pour délivrer un If I Ain’t Got You intemporel, avant que les deux voix ne s’entrelacent au ras du sol sur Oscar Winning Tears. Deux reines de la soul contemporaine dans un dialogue d’une pureté rare.
Le bouquet final réunira même les sœurs de Raye, Absolutely et Amma, avant une explosion libératrice sur l’irrésistible Where Is My Husband, confirmant que la chanteuse n’est plus seulement une promesse ou une artisane de tubes pour les autres : elle est devenue une bête de scène incontournable.
Un concert de 2h05 généreux, émouvant et hautement recommandé. Foncez sur Arte Concert avant qu’il ne disparaisse de la plateforme et découvrez leur catalogue inépuisable.
